Le théâtre-récit: un acte civil et politique, par Olivier Favier.

Les voies majeures et divergentes de Marco Baliani et Ascanio Celestini dans la continuité de Dario Fo.

Les origines immédiates du théâtre-récit ramènent à la personne de Dario Fo qui, à partir de Mystère bouffe1 (1969), a exploré des formes contées en puisant largement dans les traditions orales régionales, vivantes encore dans une majeure partie de l’Italie. Dario Fo est ainsi devenu, plus que Brecht, le point de référence pour deux générations d’acteurs-auteurs. Après lui, ces narrateurs, seuls sur scène, ont choisi de raconter des histoires, de faire revivre, pour reprendre les mots de Walter Benjamin, un « frêle corps humain »2 celui que le vingtième siècle, l’industrialisation et la guerre, avaient rendu dérisoire, sinon anachronique. Chez Marco Baliani, la rencontre avec la figure très politique de Dario Fo à la faculté d’architecture de Valle Giulia, [...]

Le corps du pouvoir, par Olivier Favier.

Considérations sur l’actualité française, sur un livre, un film, et trois textes de théâtre italiens.

Depuis 2007, le pouvoir de la cinquième République, dont on a tant dénoncé la personnalisation, s’est pour ainsi dire brusquement incarné. Cette incarnation est apparue comme un parfait contrepoint à l’indigence de la campagne présidentielle. Le second tour opposait une candidate socialiste peu capable de développer les sujets qu’elle avait choisi d’aborder1 et un candidat UMP s’affichant auprès de vieux chanteurs et d’un humoriste graveleux. Le débat était par ailleurs entaché d’un sexisme aussi ravageur qu’hypocrite. La première chef de l’État potentielle de toute l’histoire de France a été sans cesse mise en valeur pour son physique avantageux, à grand renforts de métaphores religieuses. Ses tenues immaculées, forcément virginales, incarnaient bien le pouvoir, mais chastement. Quant au petit homme nerveux qui occupe depuis [...]

Les moyens du théâtre, réflexions autour d’un festival, par Olivier Favier.

Article écrit en janvier 2010 pour Laura Gobbi et Federica Zanetti, organisatrices du festival Teatro e cittadinanza, créé à San Marino en août 2007.

On l’oublie trop souvent. «Faire du théâtre» suppose aussi d’en avoir les moyens, et cette question-là n’est pas seulement un problème technique que se posent le metteur en scène et son équipe, à l’instant de créer un spectacle. Il en va aussi d’une économie morale d’ensemble, et sur ce point les bons sentiments des politiques culturelles ne font pas toujours du bon théâtre. Autrement dit, certains spectacles, certaines œuvres, naissent en partie de conditions matérielles déterminées.

L’exemple du théâtre de narration est sur ce point emblématique. Qu’il existe, en tant que phénomène constitué, presque en tant que mouvement, dans un pays du reste peu familier des tendances, des familles artistiques [...]